Amusons-nous avec Wikipedia

Récemment, cinq étudiants de l'IEP Paris (Sciences-Po) encadrés par l'inénarrable Pierre Assouline ont publié un mémoire fondé sur un "test" de Wikipedia consistant à y insérer des erreurs. Je sors pour une fois des thèmes économiques pour dire tout le mal que je pense d'une telle idée

David Monniaux a déjà mieux répondu que je ne pourrais le faire au contenu du mémoire. Manifestement, il s'agit d'un travail d'un très piètre qualité, et on se demande comment l'IEP n'a pas été très embarrassée de voir son cycle d'études de journalisme (des étudiants en cinquième année, tout de même) publiquement représenté par un aussi mauvais travail. Outre le modus operandi sur lequel je vais revenir, David souligne des problèmes de citations de source que sont considérés comme rédhibitoire dans des mémoires de première année de L1 dans les TDs que j'encadre.

Le plus grave, cependant, est la méthode. Passe encore que Pierre Assouline, qui ne supporte pas de voir remis en cause son statut d'omni - intellectuel - trans - pluri-multidsiciplinaire remis en cause, utilise des étudiants pour avancer ses préjugés ou à tout le moins cautionne un mémoire aussi évidemment mauvais pour la seule raison qu'il va dans son sens. Mais de là à les inciter, ou à cautionner un comportement délictueux, il y a une haie éthique et légale qu'il a allègrement enjambée. Même pour des motifs académiques, il est interdit en France d'introduire sciemment des informations fausses sur un site. De la part de l'IEP, la moindre des choses serait de sanctionner à la fois les étudiants (en cinquième année d'études de journalismes, c'est une faute de ne pas savoir ce genre de choses) et l'enseignant.

C'est d'autant plus dommage qu'il y a probablement des travaux intéressants à faire sur Wikipedia. En particulier, son existence est a priori un paradoxe économique qui va au-delà de la problématique du don. En effet, la hiérarchie des compétences entre en jeu. Dans la mesure où les personnes plus plus qualifiées ont un coût d'opportunité plus élevé que les amateurs d'idées farfelues, on peut se demander comment il se fait que ces derniers n'aient pas systématiquement gain de cause.

Le problème le plus profond, cependant, est celui du rapport au savoir. Cette année, je me suis rendu compte que mes étudiants de L1 étaient dans leur immense majorité incapable d'avoir un rapport critique à une source. Soit c'était la vérité absolue, soit un tissu de mensonges. Pour avoir relayé la critique d'Optimum sur le Bip 40, je me suis retrouvé en fin d'année avec une séries de diatribes mal comprises contre cet indicateur (et à l'inverse une hagiographie des héros du BIP 40 en combat contre les méchants menteurs de l'INSEE dans les copies d'un autre groupe). En ce qui concerne Wikipedia, qui ne revendique pas une fiabilité qu'elle n'a pas (voir l'avertissement en tête de chaque page), un tel rapport est simplement indispensable. D'où ma question aux enseignants qui me lisent : comment faites-vous pour enseigner le rapport critique aux sources à vos étudiants ?

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