Graphique original de JP Morgan

Erratum : il y avait une erreur d'analyse dans ce que j'ai fait, relevée par un commentateur. J'ai donc corrigé mon billet (le 17/12/2009, mieux vaut tard que jamais).

L'idée est simple : on représente la capitalisation boursière des grands groupes bancaires en 2007 et aujourd'hui. Normalement, il faudrait faire un bête histogramme. Seulement, les gens de J.P. Morgan ont utilisé des cercles pour représenter cela. L'arnaque commence quand c'est le diamètre des cercles qui est proportionnel à la capitalisation. Or, ce que le cerveau humain retient, c'est l'aire des disques représentés. Ainsi, si la capitalisation boursière d'un banque en 2009 est la moitié de ce qu'elle était en 2007, elle apparaît comme un cercle quatre fois plus petit.

C'est d'autant plus trompeur que l'écart entre la hauteur et la surface n'est pas linéaire, mais quadratique : ainsi que l'illustre le graphique ci-dessous, soit C la capitalisation en 2007, et a.C la capitalisation actuelle (0<a<1). Le rapport entre les deux capitalisations est a (droite bleue), et celui entre les aires des disques qui la représentent est a^2 (courbe rouge). Cette différence est maximale pour les grandes valeurs, c'est-à-dire pour les banques qui ont le plus perdu en proportion.

Que cela dit-il pour le graphique qui nous intéresse ? Eh bien on voit que J.P. Morgan ne cherche pas par là à se mettre en valeur, puisqu'ils sont dans la zones où l'écart entre les deux est le plus défavorable. Cette erreur, grossière, est donc à mettre sur le compte de la pure incompétence plutôt que sur celui de la manipulation.

C'est ici que je me suis planté. En fait, le graphique met effectivement en valeur JP Morgan, qui a relativement peu perdu en proportion, en exagérant l'étendue des pertes des autres banques.

Ci-dessous, le graphique tel qu'il aurait dû être : deux histogrammes juxtaposés, en utilisant la juxtaposition pour donner une information supplémentaire (en l'occurence, les banques sont rangées par ordre croissant de rapport entre leur capitalisation ancienne et leur capitalisation actuelle, mais on aurait aussi pu les ranger par ordre de capitalisation actuelle). En bonus, j'ai indiqué les rapports en question, ainsi que le carré des rapports (soit le rapport entre la surface des disques).

Histogramme des capitalisations

Le même graphique en rangeant les banques par capitalisation initiale fait apparaître en outre que le rapport entre capitalisation en 2009 et capitalisation en 2007 est très probablement indépendant de la capitalisation initiale : les gros n'ont pas proportionnellement plus ou moins perdu que les petits. Il y avait donc beaucoup mieux à faire avec cette série de données que le graphique initial.

Histogramme des capitalisations, par ordre croissant de capitalisation en 2007

Mise à jour : il paraîtrait que la version ci-dessus serait une version préliminaire malencontreusement publiée. En tout état de cause, JP Morgan a rapidement proposé un graphique formellement plus correct (ci-dessous). J'en profite pour signaler à ceux qui ne le connaissent pas encore le passionnant Eward Tufte qui a donné ses lettres de noblesse à la représentation graphique de l'information.

Graphique corrigé de JP Morgan